Feuillet 1    - A -

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L'oiseau me regarde, surpris par ma question :
" Dis-moi le grand secret, voler est ma passion "
" C'est très simple, aies la foi et vas-y, lance-toi ! 
Une fois, quatre fois, s'il le faut mille fois ! "

Plus facile à dire, la foi n'est pas acquise.
Je me suis élancé, alors, quelle surprise !
Je volais ! être sûr que je ne puis rater
Serait-ce ça la foi ? Avoir peur, la mâter.

Je vole comme l'oiseau, échappant aux matous,
Aimé par les enfants qui me font un nid très doux
Dans le creux de leurs mains toujours laissées ouvertes.
Si las, je me cache sur une branche verte ;
Si la sol, je siffle, fou de vie, de beauté.
Hélas ! Le voyage, quelles réalités !

Ici, c'est un gamin, il joue, il rit, il saute,
Il explose ! Mine traîtresse. C'est la faute
A pas d'chance, aux hommes silencieux, sournois ;
Mère désespérée, crie, cours, pleure, se noie.

Là, un gamin balance une fronde archaïque,
Arme pour aujourd'hui, d'un passé davidique ;
Mitrailleuse, répond la soldatesque en face ;
Tombent les corps et le silence sur la place.

Et là-bas, que vois-je ? Des enfants par centaines,
Enfermés et sans voix, bossent sans joie, sans haine.
J'ai beau siffler très fort, aucun lève la tête :
De véritables pro, pas de temps pour la fête.

Ailleurs, maisons vides qui s'offrent au saccage ;
La pauvre fillette, bardée de gros bagages
Plus lourds qu'elle, suit à petits pas la famille ;
La colline coiffée d'êtres fuyants, fourmille.

Je survole fuyards et poursuivants armés,
Les uns vers l'avenir et l'amour désarmé,
Les seconds avalés par un passé sans but ;
Les uns ivres de vie, les autres au rebut.

Comment me poser sur une terre mortelle !
Ici, on meurt de faim, là, on est à Babel.

J'appelle les enfants : " Venez, envolez-vous !
Dans le ciel pur, je vous donne rendez-vous.
Planons tous ensemble, cherchons un autre monde.
Crions, chantons, pour que l'amour abonde.


Différents mais égaux, dessinons l'arc-en-ciel,
Couleurs différentes, et le lait et le miel
Couleront sans arrêt, odeurs et goûts d'amour.
Chaque jour, nous verrons le jour. Viens, accours ! "



       
Airel

I N D E X

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